calmar géant

Kraken : Le Monstre Marin des Légendes Nordiques, du Mythe au Calmar Géant

Le kraken surgissant des flots près d'un bateau viking dans un fjord norvégien sous un ciel d'orage, tentacules géants au-dessus des vagues

Kraken : Le Monstre Marin des Légendes Nordiques, du Mythe au Calmar Géant

Le kraken est le monstre marin des légendes norvégiennes : une bête grande comme une île, qui saisit les navires de ses bras et les engloutit dans son tourbillon. Le mot n'apparaît dans aucune saga, mais son ancêtre, la hafgufa, hante déjà la mer du Groenland vers 1250. Voici d'où il vient, ce que l'évêque Pontoppidan en a dit en 1752, comment un naturaliste français s'y est brûlé les ailes, et ce que la science a trouvé au fond : le calmar géant.

📌 En bref

  • Le kraken est un monstre marin des légendes norvégiennes, si grand qu'on le prend pour une île, qui saisit les navires de ses bras ou les engloutit dans le tourbillon qu'il creuse en plongeant.
  • Le kraken de la légende n'existe pas, mais l'animal qui l'a inspiré existe : le calmar géant, Architeuthis dux, jusqu'à treize mètres tentacules compris, photographié vivant en 2004 et filmé en 2012.
  • Le mot kraken n'apparaît dans aucune saga ni aucune Edda : il date du XVIIIe siècle.
  • Pontoppidan lui donne un dos d'un mille et demi de tour ; Wallenberg, en 1781, le ramène à « pas plus grand que l'île d'Öland ».
  • Jörmungand est le serpent-monde des Eddas, fils de Loki, qui ceinture Midgard et tue Thor au Ragnarök.

Sources : Kraken, Wikipédia · Hafgufa · Calmar géant · Konungs skuggsjá · Pierre Denys de Montfort. Les extraits sont traduits ou paraphrasés par nos soins.

Qu'est-ce que le kraken ? Un monstre norvégien, pas une bête des Eddas

Le kraken est un monstre marin des légendes scandinaves : une créature si vaste qu'on la prend pour une île, qui remonte des profondeurs, saisit les navires de ses bras et les entraîne au fond, ou les engloutit dans le tourbillon qu'elle creuse en plongeant. Il vit, disent les récits, dans les eaux froides de la Norvège, au large des Lofoten et de la mer du Nord.

Première précision, parce qu'elle change tout : le mot kraken n'apparaît dans aucune saga ni dans aucune Edda. Les Vikings ne l'ont jamais prononcé. Le nom est attesté pour la première fois en 1700, et sa grande description date de 1752. Ce que les Scandinaves du Moyen Âge connaissaient, c'est un autre monstre, la hafgufa, « vapeur de mer », dont le kraken est l'héritier. Nous y revenons plus bas, parce que c'est là que se joue le vrai lien avec le monde viking.

Seconde précision, plus terre à terre : si vous avez tapé « kraken » dans Google, vous avez peut-être croisé une plateforme de cryptomonnaies, un rhum épicé et une équipe de hockey de Seattle. Tous ont emprunté le nom du monstre. Cet article ne parle que de la bête, de ses origines et de ce que la science en a fait.

D'où vient le mot kraken ?

En norvégien, krake désigne quelque chose de tordu, rabougri, malformé : un arbre difforme, un animal chétif, un poteau déraciné. Kraken en est la forme définie, « le krake ». Le nom dit donc d'abord une silhouette, celle d'une chose aux membres tordus qui dépasse de l'eau, et non un nom propre. En suédois, le mot a pris le sens de « pieuvre », ce qui montre que l'image du monstre à bras avait fini par s'imposer.

La première trace écrite est italienne : en 1700, le voyageur Francesco Negri rapporte des Lofoten un poisson monstrueux que les pêcheurs appellent sciu-crak. En 1741, le missionnaire Hans Egede, qui connaît bien le Groenland et la Norvège, décrit un monstre aux « bras » capable de couler un bateau. Et en 1752, l'évêque de Bergen lui donne sa forme définitive. Le kraken est ainsi une créature du XVIIIe siècle, née de récits de pêcheurs norvégiens mis en ordre par des lettrés. On lit parfois que Carl von Linné l'aurait admis dans la première édition de son Systema Naturae, en 1735, sous le nom de Microcosmus, avant de l'en retirer ; l'attribution est discutée, mais elle dit bien à quel point la bête paraissait crédible à l'époque.

Les jalons de cette histoire, du Moyen Âge à la science moderne, tiennent en une frise :

Date Qui Ce qu'il dit
vers 1250 Konungs skuggsjá, le « Miroir royal » norvégien Décrit la hafgufa de la mer du Groenland, si grande qu'on la prend pour une île, et dont il n'existerait que deux exemplaires
vers 1300 Örvar-Odds saga Oddr rencontre la hafgufa et le lyngbakr dans la mer du Groenland
1700 Francesco Negri, voyageur italien Rapporte des Lofoten un poisson monstrueux appelé sciu-crak
1741 Hans Egede, missionnaire Décrit un monstre marin norvégien aux « bras » qui coule les bateaux
1752-1753 Erik Pontoppidan, évêque de Bergen L'Histoire naturelle de Norvège : le kraken grand comme une île, le tourbillon, les bons coins de pêche
1781 Jacob Wallenberg Le kraken « n'est pas plus grand que notre Öland »
1802 Pierre Denys de Montfort Le « poulpe colossal » et les dix vaisseaux anglais de 1782
1857 Japetus Steenstrup Nomme Architeuthis : le calmar géant entre dans la science
1861 La corvette française Alecton Combat un calmar géant au large de Tenerife et en rapporte un morceau

Les ancêtres du kraken chez les Vikings : hafgufa et lyngbakr

Le vrai lien entre le kraken et le monde nordique passe par deux textes norvégiens et islandais du Moyen Âge. Le premier est le Konungs skuggsjá, le « Miroir royal », un manuel d'éducation princière rédigé vers 1250 en Norvège. Dans sa description de la mer du Groenland, l'auteur, un père qui instruit son fils, énumère les baleines, la margýgr (une femme-poisson qui annonce les tempêtes), puis la plus grande de toutes les créatures, la hafgufa, la « vapeur de mer ». Elle ressemble à une île plus qu'à une bête ; on ne la voit presque jamais ; et il n'en existerait que deux, incapables de se reproduire, sinon la mer en serait pleine. Pour se nourrir, elle rote une masse de nourriture puis ouvre une gueule si vaste que les poissons, attirés par l'odeur, s'y engouffrent en bancs entiers, jusqu'à ce qu'elle referme ses mâchoires sur eux.

Le second texte est l'Örvar-Odds saga, une saga légendaire islandaise. Le héros Oddr traverse la mer du Groenland et y croise deux monstres : le lyngbakr, « dos de bruyère », une baleine si vaste que de la végétation pousse sur son dos et que des marins y débarquent avant qu'elle ne plonge, et la hafgufa, qui avale hommes, navires et baleines. Un compagnon d'Oddr explique qu'elle ne remonte à la surface qu'à la marée, gueule ouverte, et que ce qu'ils ont pris pour deux rochers sont sa mâchoire supérieure et sa mâchoire inférieure. Ces deux images, l'île qui plonge et la gueule prise pour un rocher, sont exactement celles que Pontoppidan reprendra cinq siècles plus tard pour son kraken.

« On raconte qu'elle ne se montre pas plus de deux fois par an. Elle reste sous l'eau, gueule ouverte, et les poissons y entrent d'eux-mêmes ; puis elle la referme. »

— D'après le Konungs skuggsjá, « Miroir royal » norvégien (vers 1250)

Une chose doit être dite clairement : le kraken n'est pas le serpent de Midgard. Jörmungand est un serpent qui ceinture le monde et que Thor affronte ; la hafgufa et le kraken sont des masses qui engloutissent. Les Scandinaves eux-mêmes ne les ont jamais confondus, et notre guide des créatures de la mythologie nordique les présente séparément.

Créature Ce que c'est Où on la lit Ce qu'elle fait
Jörmungand Le serpent-monde, fils de Loki, qui ceinture Midgard Eddas (Gylfaginning, Hymiskviða, Völuspá) Mord sa propre queue ; tue Thor au Ragnarök
Hafgufa « Vapeur de mer », le plus grand des monstres, pris pour une île Konungs skuggsjá (vers 1250), Örvar-Odds saga Ouvre la gueule et avale poissons, hommes et navires
Lyngbakr « Dos de bruyère », une baleine-île couverte de végétation Örvar-Odds saga Plonge quand des marins débarquent sur son dos
Margýgr Une femme-poisson de la mer du Groenland Konungs skuggsjá Annonce une tempête selon la direction où elle se tourne
Kraken Le monstre à bras des pêcheurs norvégiens Pontoppidan (1752), Wallenberg (1781) Émerge comme une île, puis plonge en créant un tourbillon
Un navire viking approchant dans la brume de deux rochers qui sont les mâchoires ouvertes de la hafgufa, monstre du Miroir royal

La hafgufa du Miroir royal (vers 1250) : deux « rochers » qui sont une gueule ouverte, ancêtre du kraken.

1752 : l'évêque de Bergen invente le kraken moderne

Erik Pontoppidan est un homme sérieux : évêque luthérien de Bergen, historien, auteur d'une Histoire naturelle de Norvège en deux volumes (1752-1753) qui recense la faune, la flore et les curiosités du royaume. Dans les dernières pages, il parle du kraken, d'après ce que lui racontent les pêcheurs. Son dos, dit-il, mesure environ un mille et demi de tour ; quand il émerge, on croit voir une île, hérissée de pointes qui ressemblent à des mâts ; puis il replonge, et le tourbillon qu'il creuse est plus dangereux que ses bras. Pontoppidan ajoute un détail de bon sens : les pêcheurs savent qu'ils sont au-dessus du kraken quand la sonde indique vingt brasses là où la carte en promet quatre-vingts, et que la pêche y est excellente, parce que la bête attire le poisson. Ils remontent leurs lignes dès que le fond « remonte » sous eux.

Trente ans plus tard, le Suédois Jacob Wallenberg corrige l'échelle en souriant : d'après les pilotes norvégiens, le kraken n'est pas si énorme, « pas plus grand que notre Öland », une île de moins de seize kilomètres. C'est cette version, l'île vivante ceinturée de tourbillons, que Jorge Luis Borges résumera en une règle dans son Livre des êtres imaginaires : « les îles flottantes sont toujours des krakens ». Pontoppidan rapporte aussi qu'un jeune spécimen se serait échoué et aurait pourri sur la grève d'Alstahaug, au nord de Trondheim. Aucun os n'en a jamais été retrouvé.

« Le kraken, que l'on appelle aussi crabe-poisson, n'est pas, d'après les pilotes norvégiens, aussi énorme qu'on le dit, tête et queue comprises : il n'est pas plus grand que notre Öland. »

— Jacob Wallenberg, Min son på galejan (1781)
Pêcheurs norvégiens du XVIIIe siècle dans des barques au-dessus du dos du kraken émergeant comme une île hérissée de pointes

Le kraken de Pontoppidan (1752) : un dos pris pour une île, des pointes comme des mâts, et la pêche la plus abondante de la côte.

Un monstre composite : baleine, crabe, pieuvre et maelström

Ce que décrit Pontoppidan n'est pas encore une pieuvre. Ses premières lignes évoquent plutôt un crabe ou une baleine : un dos, des pointes, une masse qui respire. Les bras arrivent plus tard, quand les naturalistes rapprochent le kraken des céphalopodes. Les historiens y voient aujourd'hui un monstre composite, fait de plusieurs choses réelles : le dos des grandes baleines, qu'on prend pour un récif ; les échouages de calmars géants ; et les tourbillons bien réels de la côte norvégienne, dont le plus célèbre, le Moskstraumen, au sud des Lofoten, a donné son nom au maelström et inspiré Edgar Poe en 1841. Un pêcheur qui a vu tout cela n'a pas besoin d'inventer pour croire au kraken.

Le Français qui a cru au poulpe colossal

La France a son chapitre dans cette histoire, et il est cruel. En 1801-1802, le naturaliste Pierre Denys de Montfort publie une Histoire naturelle générale et particulière des mollusques dans laquelle il distingue deux poulpes géants : le « poulpe kraken » des marins norvégiens, et un « poulpe colossal » plus grand encore, dont il tire la preuve d'un tableau votif conservé dans une chapelle de Saint-Malo, où l'on voit un navire malouin, au large de l'Angola, saisi par une bête aux bras démesurés. Il convoque aussi Pline l'Ancien, qui racontait au Ier siècle l'histoire d'un poulpe énorme venant piller les salaisons d'une ville d'Espagne.

Puis Montfort va trop loin. Il affirme que dix vaisseaux de guerre britanniques, disparus la même nuit en 1782, ont été coulés par un poulpe colossal. L'Amirauté britannique connaissait parfaitement le sort de ses navires : ils avaient sombré dans un ouragan au large de Terre-Neuve, en septembre 1782. Le naturaliste devient la risée de l'Europe savante, sa carrière ne s'en relève pas, et il meurt misérable à Paris vers 1820. L'ironie, c'est qu'il avait en partie raison : les « poulpes » que décrivaient ses témoins étaient des calmars géants, et la science allait leur donner un nom cinquante ans plus tard.

Du mythe à la science : le calmar géant

1857-1861 : le monstre reçoit un nom, puis un adversaire français

En 1857, le zoologiste danois Japetus Steenstrup décrit, d'après un bec et des restes échoués sur les côtes du Jutland, un animal qu'il baptise Architeuthis, « le calmar suprême ». Le kraken entre dans la nomenclature. Quatre ans plus tard, le 30 novembre 1861, la corvette à vapeur française Alecton, commandée par le lieutenant Bouyer, croise au large de Tenerife un calmar de six à sept mètres flottant en surface. L'équipage le canonne, le harponne, tente de le hisser à bord ; la corde tranche la chair et la bête retombe à la mer, ne laissant qu'un morceau de sa queue. Le rapport de Bouyer est lu à l'Académie des sciences, où l'on doute poliment. C'est cette scène que Jules Verne reprend presque mot pour mot dans Vingt mille lieues sous les mers (1870), quand le Nautilus est assailli par des poulpes géants ; le romancier cite d'ailleurs Pontoppidan et l'Alecton dans le texte.

La corvette française Alecton en 1861, l'équipage harponnant un calmar géant en surface au large de Tenerife

30 novembre 1861 : l'équipage de l'Alecton affronte un calmar géant au large de Tenerife, la scène que reprendra Jules Verne.

Ce qu'on sait aujourd'hui du calmar géant

Les années 1870 apportent une série d'échouages à Terre-Neuve, et le calmar géant cesse d'être une hypothèse. Mais il faut attendre 2004 pour qu'une équipe japonaise, menée par Tsunemi Kubodera, en photographie un vivant à près de 900 mètres de fond, et 2012 pour qu'il soit filmé dans son milieu. On sait désormais qu'une femelle peut atteindre treize mètres, tentacules compris, que ses yeux de vingt-cinq centimètres sont les plus grands du règne animal, et que son seul prédateur est le cachalot, dont la peau porte souvent les cicatrices rondes de ses ventouses. Un cousin plus massif, le calmar colossal de l'Antarctique, a été remonté entier en 2007 : quatre cent quatre-vingt-quinze kilos, des crochets rotatifs au bout des tentacules. Aucun des deux n'a jamais coulé un navire.

Le kraken de la légende Le calmar géant (Architeuthis dux)
Taille Un mille et demi de long chez Pontoppidan, « pas plus grand que l'île d'Öland » chez Wallenberg Jusqu'à 13 m pour une femelle, tentacules compris ; le corps seul dépasse rarement 2 m
Aspect Un dos plat comme une île, des « cornes » comme des mâts, des bras Huit bras, deux longs tentacules à ventouses, des yeux de 25 cm, les plus grands du règne animal
Habitat Les fjords de Norvège, la mer du Groenland Les profondeurs de tous les océans, entre 300 et 1 000 m
Danger Coule les navires en les tirant vers le fond ou par son tourbillon Aucun naufrage documenté ; sa seule proie connue est le poisson, et son seul prédateur le cachalot
Preuves Des récits de pêcheurs, aucun corps Des centaines d'échouages, un spécimen photographié vivant en 2004, filmé en 2012
Un calmar géant Architeuthis nageant dans l'obscurité des grandes profondeurs, œil immense et longs tentacules

Le calmar géant, Architeuthis dux : jusqu'à treize mètres, des yeux de vingt-cinq centimètres, filmé vivant pour la première fois en 2012.

Le kraken existe-t-il ?

Répondons sans détour. Le kraken tel que le décrit Pontoppidan n'existe pas : aucun animal marin ne mesure un kilomètre, ne se confond avec une île ni ne creuse de tourbillon en plongeant. Mais la bête qui a nourri la légende existe, c'est le calmar géant, et il est à la hauteur de sa réputation : plus long qu'un autobus, des yeux comme des assiettes, une vie entière dans le noir des profondeurs, et un adversaire, le cachalot, dont les combats laissent des traces. Les marins norvégiens du XVIIIe siècle ne mentaient pas ; ils assemblaient ce qu'ils avaient vu.

Il reste une part d'inconnu, et c'est ce qui fait durer le mythe. Le calmar géant n'a été vu vivant qu'une poignée de fois ; l'océan profond est moins exploré que la surface de Mars ; et chaque nouvelle carcasse remontée par un chalut relance la question de la taille maximale de l'animal. Les récits de spécimens de vingt mètres ne sont pas documentés, mais personne ne peut jurer qu'ils sont faux.

Le kraken dans la culture : de Tennyson à « Release the Kraken »

Le kraken doit sa carrière mondiale à un sonnet. En 1830, le poète anglais Alfred Tennyson publie The Kraken : la bête dort depuis des siècles dans les abysses et ne remontera qu'à la fin des temps, pour mourir à la surface. Le poème transmet le monstre norvégien à la littérature anglaise, et de là au monde. Herman Melville lui consacre un chapitre de Moby Dick (1851), quand le Pequod croise un calmar géant. Victor Hugo, dans Les Travailleurs de la mer (1866), écrit la phrase qui résume tout : ce monstre est « celui que les marins appellent poulpe, que la science appelle céphalopode, et que la légende appelle kraken ». Et Jules Verne, on l'a vu, en fait l'adversaire du Nautilus.

Le cinéma l'a ensuite emmené très loin de la Norvège. Dans Le Choc des Titans (1981, puis 2010), le kraken est un monstre grec lâché contre Andromède : l'ordre « Release the Kraken! » est devenu une réplique culte, alors que la mythologie grecque n'a jamais connu de kraken, mais un kétos, un monstre marin sans nom. Pirates des Caraïbes (2006) en fait la créature de Davy Jones ; Le Trône de fer l'installe sur les bannières des Greyjoy. Depuis, le nom sert d'enseigne à un rhum, à une plateforme de cryptomonnaies et à une équipe de hockey, signe qu'il évoque désormais moins une bête qu'une idée : la force qui surgit des profondeurs.

Le kraken en tatouage et en bijou

Avec le dragon et le loup, le kraken est l'une des créatures les plus demandées en tatouage nordique, et pour une raison simple : ses tentacules épousent n'importe quelle forme, un bras, une épaule, un mollet, et se prêtent aux entrelacs. Le motif dit la mer, la profondeur, la force cachée ; il n'a pas de signification religieuse, ce qui le rend plus libre que le Valknut ou le Mjöllnir. Notre guide du tatouage viking détaille comment le composer.

En bijou, c'est le tentacule qu'on retient : enroulé autour d'un doigt, d'un lobe d'oreille ou d'un pavillon. Nos créoles au tentacule du kraken, notre manchette d'oreille et nos bagues à tentacules reprennent ce motif en acier inoxydable, dans le rayon des boucles d'oreilles viking et celui des bagues viking.

Questions fréquentes sur le kraken

Qu'est-ce que le kraken ?

Le kraken est un monstre marin des légendes norvégiennes, si grand qu'on le prend pour une île, qui saisit les navires de ses bras ou les engloutit dans le tourbillon qu'il creuse en plongeant. Il est décrit en 1752 par Erik Pontoppidan, évêque de Bergen, d'après les récits des pêcheurs.

Le kraken existe-t-il vraiment ?

Le kraken de la légende n'existe pas, mais l'animal qui l'a inspiré existe : le calmar géant, Architeuthis dux, jusqu'à treize mètres tentacules compris, photographié vivant en 2004 et filmé en 2012. Aucun calmar n'a jamais coulé de navire.

Le kraken est-il un monstre viking ?

Le mot kraken n'apparaît dans aucune saga ni aucune Edda : il date du XVIIIe siècle. Mais son ancêtre, la hafgufa, « vapeur de mer », est décrite vers 1250 dans le Miroir royal norvégien et dans l'Örvar-Odds saga, dans la mer du Groenland. Le kraken est donc l'héritier d'un monstre médiéval scandinave.

Quelle est la taille du kraken ?

Pontoppidan lui donne un dos d'un mille et demi de tour ; Wallenberg, en 1781, le ramène à « pas plus grand que l'île d'Öland ». Le calmar géant réel atteint treize mètres pour une femelle, et son corps seul dépasse rarement deux mètres.

Quelle est la différence entre le kraken et Jörmungand ?

Jörmungand est le serpent-monde des Eddas, fils de Loki, qui ceinture Midgard et tue Thor au Ragnarök. Le kraken est une masse à bras qui engloutit les navires, héritière de la hafgufa. Les Scandinaves ne les ont jamais confondus.

D'où vient le mot kraken ?

Du norvégien krake, qui désigne une chose tordue, rabougrie ou déracinée ; kraken en est la forme définie. Le mot est attesté en 1700 sous la forme sciu-crak chez le voyageur Francesco Negri, puis chez Hans Egede en 1741 et Pontoppidan en 1752.

Le kraken est-il une pieuvre ou un calmar ?

Les premières descriptions évoquent plutôt un crabe ou une baleine. Ce sont les naturalistes du XIXe siècle, dont le Français Denys de Montfort, qui en ont fait un poulpe. La science a tranché pour le calmar géant, dont les échouages ont nourri la légende.

Qui était Pontoppidan ?

Erik Pontoppidan (1698-1764) était évêque luthérien de Bergen et auteur d'une Histoire naturelle de Norvège publiée en 1752-1753. C'est lui qui a donné au kraken sa description classique : l'île vivante, le tourbillon et les bons coins de pêche au-dessus de la bête.

Pourquoi dit-on « Release the Kraken » ?

C'est une réplique du film Le Choc des Titans (1981, remake en 2010), où Zeus lâche le kraken contre Andromède. Le film transpose un monstre norvégien dans la mythologie grecque, qui ne l'a jamais connu ; le monstre marin grec de la légende d'Andromède s'appelle simplement kétos.

Où vit le kraken ?

La légende le place dans les fjords de Norvège, au large des Lofoten, et dans la mer du Groenland pour son ancêtre la hafgufa. Le calmar géant, lui, vit dans les profondeurs de tous les océans, entre trois cents et mille mètres, et n'est vu qu'échoué ou remonté par des chaluts.

« Ce monstre est celui que les marins appellent poulpe, que la science appelle céphalopode, et que la légende appelle kraken. »

— Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer (1866)

Que les Ases vous guident sur le chemin de l'honneur.


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