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Valkyries : Les Guerrières d'Odin et le Valhalla

Grande salle du Valhalla baignée de lumière dorée, guerriers einherjar au banquet, corbeaux et loups d'Odin

Valkyries : Les Guerrières d'Odin et le Valhalla

📌 En bref

  • Les Valkyries sont les guerrières divines d'Odin qui survolent les champs de bataille pour choisir les guerriers les plus valeureux parmi les morts.
  • Les sources nordiques mentionnent des nombres variables.
  • Les Valkyries sont des figures mythologiques, mais le concept de femmes guerrières nordiques a des bases réelles.
  • Brynhild (Brunehilde) est la plus célèbre.
  • Les textes anciens ne mentionnent que des guerriers masculins choisis pour le Valhalla.

Valkyrie : ce que signifie vraiment le nom

Tapez « valkyries mythologie nordique » dans un moteur de recherche et vous verrez surtout défiler des combattantes en armure argentée, casque ailé et lance levée vers un ciel d'orage. Les textes médiévaux qui nous ont transmis ces figures racontent quelque chose de plus étrange, et de bien plus intéressant : des femmes surnaturelles envoyées par Odin pour désigner qui doit mourir, escorter les tués jusqu'au Valhalla et leur verser la boisson des morts. Aucune ne porte d'ailes dans les sources médiévales. Aucune ne porte de cornes. Ce guide reprend le dossier à la source : Edda poétique, Edda de Snorri Sturluson, poèmes scaldiques, sagas islandaises et objets sortis de terre.

Valr et kjósa : « celle qui choisit les tués »

Le mot norrois est valkyrja, au pluriel valkyrjur. Il se décompose en deux éléments parfaitement lisibles. Le premier, valr, désigne l'ensemble des cadavres qui jonchent un champ de bataille après le combat — pas les morts en général, mais précisément les tués au combat. Le second vient du verbe kjósa, « choisir, élire ». La signification de valkyrie est donc littérale et sans mystère : celle qui choisit les tués.

Le même élément valr se retrouve dans Valhöll, « la salle des tués », que le français a francisé en Valhalla, et dans Valföðr, « le père des tués », un des noms d'Odin. Le vocabulaire dessine à lui seul un système cohérent : un dieu qui règne sur les morts violents, une salle qui les accueille, des messagères qui les sélectionnent. Rien, dans cette famille de mots, ne renvoie à la beauté, à l'amour ou à la protection.

Une figure attestée hors de Scandinavie

Le terme n'est pas propre au vieux norrois. Le vieil anglais connaît wælcyrge, formé exactement de la même manière, et les glossaires anglo-saxons des VIIIe-XIe siècles s'en servent pour traduire les noms latins des Furies et de Bellone, la divinité romaine de la guerre. Dans son Sermo Lupi ad Anglos, prêché autour de 1014, l'archevêque Wulfstan d'York range les wælcyrian parmi les figures qu'un bon chrétien doit fuir, aux côtés des sorcières et des meurtriers. Le mot y a déjà glissé vers l'insulte : il désigne des femmes réputées maléfiques.

D'où viennent nos informations

Presque tout ce que nous savons repose sur trois familles de textes. Le Codex Regius d'abord, un manuscrit islandais copié vers 1270 et retrouvé en 1643, qui contient les vingt-neuf poèmes que l'on appelle aujourd'hui l'Edda poétique : c'est là que se lisent la Völuspá, les Grímnismál et les poèmes héroïques. Ensuite l'Edda de Snorri Sturluson (1179-1241), rédigée vers 1220 comme un manuel destiné aux poètes, qui met les mythes en ordre et en prose. Enfin la poésie scaldique, souvent plus ancienne que les manuscrits qui la conservent : l'Eiríksmál date des environs de 954, le Hákonarmál d'Eyvindr Finnsson des environs de 961.

Une précaution s'impose et vaut pour tout l'article : ces textes ont été fixés par écrit par des chrétiens, deux à trois siècles après la conversion de l'Islande, en l'an 1000. Ils conservent un matériau ancien, mais réorganisé et parfois relu. Là où les sources divergent, ce guide le signale plutôt que de trancher. Pour situer Odin dans cet ensemble, notre portrait du dieu suprême de la mythologie nordique complète utilement ce qui suit.

Les valkyries au Valhalla : choisir les morts, les y mener, leur servir la boisson

Snorri résume la fonction en une phrase, au chapitre 36 de la Gylfaginning : Odin les envoie à chaque bataille, elles désignent les hommes voués à mourir et elles décident de l'issue du combat. Cette seconde partie est celle que la culture populaire a oubliée. Les valkyries ne se contentent pas de ramasser les morts après coup, comme des ambulancières célestes : dans les textes, elles attribuent la mort et la victoire. Elles sont un instrument de la volonté d'Odin sur le champ de bataille, et cette volonté est réputée capricieuse. Un guerrier peut être abandonné au moment précis où il croyait triompher, parce que le Père de tout veut le récupérer.

Ce qui attend les élus

Les tués choisis deviennent les einherjar. Les Grímnismál décrivent leur demeure avec une précision comptable : une salle couverte de boucliers, charpentée de hampes de lances, percée de cinq cent quarante portes par lesquelles huit cents combattants peuvent sortir de front le jour du Ragnarök. Leur quotidien tient en deux gestes répétés : ils se battent entre eux jusqu'à la mort chaque jour, puis se relèvent pour banqueter chaque soir. Le sanglier Sæhrímnir, bouilli par le cuisinier Andhrímnir, se reconstitue indéfiniment ; la chèvre Heiðrún, qui broute les feuilles de l'arbre Læraðr, remplit d'hydromel une cuve sans jamais tarir.

C'est là qu'intervient le second rôle des valkyries, celui que la strophe 36 des Grímnismál énonce noir sur blanc.

Hrist et Mist, je veux qu'elles me portent la corne ; Skeggjöld et Skögul, Hildr et Þrúðr, Hlökk et Herfjötur, Göll et Geirahöð, Randgríð, Ráðgríð et Reginleif : ce sont elles qui portent la bière aux einherjar.
— Edda poétique, Grímnismál, strophe 36 (traduction française d'après le texte norrois du Codex Regius)

La boisson change selon les sources, et le détail est révélateur. Les Grímnismál disent öl, la bière. Snorri parle du mjöðr, l'hydromel de Heiðrún. L'Eiríksmál fait dire à Odin : « Valkyries, portez le vin, comme s'il venait un prince. » Le liquide varie, le geste ne varie pas : une femme s'avance et tend une corne à boire. Ce geste est probablement le plus documenté de toute la matière valkyrique, y compris hors des textes, comme on le verra avec l'archéologie. Il n'a rien de subalterne : dans une salle d'hôte scandinave, servir la boisson revient à l'épouse du maître des lieux ou à la femme de plus haut rang, et le geste consacre le statut de celui qui la reçoit. Nos repères sur les chopes et les récipients à boire nordiques détaillent cet arrière-plan matériel.

Le cas Hákon : une valkyrie pour un roi réel

Le Hákonarmál montre à quoi servait concrètement cette imagerie. Composé vers 961 par le scalde Eyvindr Finnsson à la mort de Hákon le Bon, roi de Norvège, le poème envoie Göndul et Skögul choisir le souverain parmi les tués et l'escorter jusqu'au Valhalla, où Odin le fait accueillir. Hákon avait été élevé chrétien en Angleterre : le poète lui offre malgré tout des funérailles païennes en vers. Les valkyries ne sont donc pas seulement des personnages de récit mythologique, elles sont un outil de légitimation politique, mobilisé à la mort des rois pour transformer une défaite militaire en promotion divine.

Les noms des valkyries dans les Grímnismál et la Völuspá

La question du nombre revient sans cesse, et elle n'a pas de réponse unique. Les deux listes principales ne coïncident même pas entre elles. La strophe 36 des Grímnismál, citée plus haut, en aligne treize. La strophe 30 de la Völuspá en nomme six, vues par la voyante « venues de loin, prêtes à chevaucher » : Skuld qui tient un bouclier, Skögul, Gunnr, Hildr, Göndul et Geirskögul. Snorri reprend la liste des Grímnismál puis y ajoute Gunnr, Róta et « la plus jeune des nornes, nommée Skuld », qui chevauchent toujours pour choisir les tués. Les þulur, ces listes versifiées de synonymes annexées au Skáldskaparmál, en accumulent une trentaine d'autres, dont beaucoup n'apparaissent nulle part ailleurs. Le chiffre de treize que l'on rencontre partout vient donc de la seule strophe 36 des Grímnismál ; les valkyries que l'on cite le plus souvent — Brynhildr, Sigrdrífa, Göndul — sont nommées ailleurs dans l'Edda poétique, dans la Völuspá et dans les poèmes héroïques.

Des fonctions plutôt que des personnages

En lisant les noms de valkyries côte à côte, un fait saute aux yeux : ce ne sont presque jamais des prénoms, ce sont des mots communs. Bataille, Combat, Clameur, Vacarme, Brume, Force. On est plus près d'une liste d'attributs du champ de bataille que d'un catalogue d'individus. Herfjötur, « l'entrave d'armée », désigne même un phénomène précis : la paralysie soudaine qui saisit un guerrier au moment décisif, que les Scandinaves attribuaient à une intervention surnaturelle. Nommer une valkyrie ainsi, c'est donner un visage à une expérience de combat.

Nom norrois Sens le plus souvent retenu Où on la lit
Gunnr « bataille » Völuspá 30 ; Snorri ; Darraðarljóð
Hildr « combat » Grímnismál 36 ; Völuspá 30 ; Darraðarljóð
Skögul « celle qui fait rage » (sens discuté) Grímnismál 36 ; Völuspá 30 ; Hákonarmál
Göndul « la porteuse de baguette magique » (sens discuté) Völuspá 30 ; Hákonarmál ; Darraðarljóð
Geirskögul « Skögul à la lance » Völuspá 30
Skuld « ce qui doit advenir, la dette » Völuspá 30 ; Snorri (aussi norne)
Hrist « celle qui ébranle » Grímnismál 36
Mist « la brume » Grímnismál 36
Skeggjöld « le temps de la hache » Grímnismál 36
Þrúðr « la force » (aussi le nom d'une fille de Thor) Grímnismál 36
Hlökk « le vacarme » Grímnismál 36
Herfjötur « l'entrave d'armée » Grímnismál 36
Göll « la clameur » Grímnismál 36
Reginleif « héritage des puissances divines » Grímnismál 36
Sigrún « rune de victoire » Helgakviða Hundingsbana
Sigrdrífa « celle qui pousse à la victoire » Sigrdrífumál

Une frontière poreuse avec les nornes et les dísir

Que Skuld figure dans les deux catégories n'est pas une bévue de copiste. Skuld est l'une des trois nornes de la Völuspá, celle qui répond de l'avenir, et Snorri la place aussi parmi celles qui chevauchent pour choisir les tués. Le norrois emploie par ailleurs le mot dísir pour un ensemble flou d'entités féminines protectrices ou funestes, et la Völuspá appelle les valkyries « les femmes de Herjann », Herjann, « le chef d'armée », étant encore un nom d'Odin. Il n'existe pas de classification propre et étanche : le monde surnaturel féminin nordique est un continuum, qui va de la protectrice de lignage à la distributrice de mort. La notice de référence de l'encyclopédie collaborative consacrée aux valkyries détaille ces recoupements source par source.

Les valkyries qui épousent des mortels

Une deuxième famille de textes met en scène des valkyries individualisées, avec un père, un nom propre et une histoire d'amour. Ce sont les poèmes héroïques de l'Edda, et le motif y est étonnamment constant : la valkyrie qui s'attache à un mortel perd ce qui fait d'elle une valkyrie.

Sigrdrífa, l'épine du sommeil et Brynhildr

Les Sigrdrífumál racontent que Sigurðr, en gravissant le mont Hindarfjall, aperçoit une lueur qui monte au ciel. Il y trouve un dormeur en armure, dont il doit fendre la cotte de mailles pour le réveiller. C'est une femme : Sigrdrífa. Elle explique sa punition. Deux rois s'affrontaient, Hjálmgunnarr et Agnarr ; Odin avait promis la victoire au premier, elle l'a donnée au second. Le dieu l'a piquée d'une svefnþorn, une « épine du sommeil », et a décrété qu'elle ne remporterait plus de victoire et qu'elle serait mariée. Elle répond en jurant de n'épouser qu'un homme ignorant la peur, puis lui enseigne les runes.

La Völsunga saga, composée au XIIIe siècle, identifie cette Sigrdrífa à Brynhildr, fille de Buðli et sœur d'Atli. L'Edda poétique, elle, ne le dit pas explicitement — et pour cause : le Codex Regius a perdu un cahier entier à cet endroit, la fameuse « grande lacune » de huit feuillets. Une part de ce que l'on croit savoir de la valkyrie la plus connue repose donc sur une reconstruction tardive, comblant un trou matériel dans le manuscrit. Retenons le principe : Brynhildr est punie pour avoir choisi les morts contre la volonté d'Odin. Son crime n'est pas d'avoir tué, c'est d'avoir désobéi.

Sváva, Sigrún et le motif de la renaissance

Les trois poèmes consacrés aux héros nommés Helgi déroulent une variante du même scénario. Dans la Helgakviða Hjörvarðssonar, la valkyrie Sváva, fille du roi Eylimi, donne son nom à un jeune homme jusque-là muet et sans nom, le protège au combat et l'épouse. Dans la Helgakviða Hundingsbana, Sigrún, fille de Högni, traverse les airs à la tête d'une troupe de valkyries et refuse le mari que sa famille lui destine pour s'unir à Helgi Hundingsbani. Après la mort de celui-ci, elle entre dans son tertre funéraire et passe la nuit auprès du mort revenu — une des rares scènes de revenant amoureux de la littérature norroise. Des notes en prose ajoutées par le compilateur précisent que Sváva et Helgi sont renés en Sigrún et Helgi, puis en Kára et Helgi. Le nom même de valkyrie devient là une charge que l'on reprend d'une vie à l'autre.

Les femmes-cygnes de la Völundarkviða

La Völundarkviða ouvre sur un tableau encore différent. Trois femmes filent au bord d'un lac, leurs vêtements de cygne posés à côté d'elles ; trois frères s'en emparent et les épousent. La prose introductive nomme deux d'entre elles filles du roi Hlöðvér, les appelle valkyries, et précise qu'après sept hivers elles repartent vers les combats. Ce croisement entre la valkyrie et la femme-cygne relie le motif nordique à toute une famille de récits eurasiatiques, que nous replaçons dans notre panorama des créatures de la mythologie nordique.

Le côté sombre : le Darraðarljóð et le métier à tisser d'entrailles

Si l'on ne devait garder qu'un seul texte pour corriger l'image romantique de la valkyrie, ce serait celui-là. Le Darraðarljóð est un poème d'une douzaine de strophes inséré au chapitre 157 de la Njáls saga. Le récit-cadre le situe un vendredi saint, en 1014, dans le Caithness, à l'extrême nord de l'Écosse. Un homme nommé Dörruðr voit douze cavalières entrer dans une cabane de pierre. Il s'approche, regarde par une ouverture, et découvre ce qu'elles y font.

Ce qu'elles tissent

Elles travaillent sur un métier à tisser vertical, celui-là même que l'on utilisait dans toutes les fermes scandinaves. Sauf que la chaîne est faite d'entrailles humaines, que les pesons qui tendent les fils sont des têtes coupées, que les baguettes de lice sont des lances, que la navette est une flèche et que le peigne qui tasse le tissu est une épée. Elles battent le tissu à coups de lame en chantant un refrain : « Tissons, tissons la toile du javelot. » Puis elles se nomment : Hildr, Hjörþrimul, Sanngríðr, Svipul, Gunnr, Göndul. À la fin du poème, elles déchirent l'étoffe, chacune emporte son morceau, montent à cheval et s'éloignent, six vers le nord, six vers le sud.

La toile qu'elles fabriquent, c'est la bataille de Clontarf, livrée le 23 avril 1014 près de Dublin, où périt le roi irlandais Brian Boru. Le poème est une prophétie : en tissant, elles ne prédisent pas l'issue du combat, elles la fabriquent. Le geste rejoint celui des nornes, qui filent le destin, et fonde une des métaphores les plus tenaces de la poésie scaldique, celle de la guerre comme travail textile. Le dossier philologique de ce poème est présenté en détail dans la notice encyclopédique consacrée au Darraðarljóð.

Pourquoi cette image dérange autant

Le métier à tisser est, dans la ferme scandinave, l'objet domestique féminin par excellence. Il occupe le mur de la salle commune ; le tissage rythme l'hiver ; produire de la vaðmál, l'étoffe de laine, est une activité économique majeure et une affaire de femmes. Le poème prend cet objet familier et le transforme en machine à carnage. Ce n'est pas une image d'horreur gratuite : c'est la traduction exacte de ce que la valkyrie représente. Une puissance féminine qui, au lieu de produire et de protéger, mesure et distribue la mort, avec le même sérieux méthodique.

Le reste du corpus va dans le même sens : les valkyries sont associées aux corbeaux et aux loups qui suivent les armées, au point que les kennings scaldiques appellent ces charognards « les cygnes de la valkyrie ». Elles ne consolent personne.

Freyja, Fólkvangr et le partage des morts

Un détail contredit l'idée reçue selon laquelle tous les tués reviendraient à Odin. La strophe 14 des Grímnismál est explicite : Fólkvangr est la neuvième demeure, Freyja y distribue les places dans la salle, et elle choisit la moitié des tués chaque jour, l'autre moitié appartenant à Odin. Snorri reprend l'information au chapitre 24 de la Gylfaginning, ajoute que la salle de Freyja s'appelle Sessrúmnir, « celle aux nombreux sièges », et précise qu'elle chevauche vers la bataille pour y prendre sa part.

Le partage soulève une question à laquelle aucun texte ne répond : selon quel critère la répartition se fait-elle, et qui choisit en premier ? Les sources se taisent, et il faut accepter ce silence plutôt que le combler. On peut simplement observer que Freyja, sans jamais être appelée valkyrja en norrois, exerce exactement la fonction que le mot décrit. Plusieurs chercheurs y voient la trace d'une figure plus ancienne dont les valkyries seraient la démultiplication, une hypothèse solide mais non démontrable en l'état des sources.

Freyja porte du reste tous les attributs d'une souveraine des morts et de la guerre : un char tiré par des chats, le collier Brísingamen, le sanglier Hildisvíni dont le nom signifie « porc de bataille », et, selon la Ynglinga saga, la maîtrise du seiðr, la magie qu'elle aurait enseignée aux Ases. La Saga d'Egill ajoute un témoignage précieux : au chapitre 78, Þorgerðr annonce qu'elle ne mangera plus jusqu'à ce qu'elle soit l'hôte de Freyja. La perspective d'un au-delà auprès de la déesse existait donc bien, et ne passait pas par la salle d'Odin. Sur l'architecture générale des neuf mondes où s'inscrivent ces demeures, voir notre article sur Yggdrasil et sa signification.

Archéologie : la figurine de Hårby et les pendentifs à la corne

Les textes datent du XIIIe siècle ; les objets, eux, sont contemporains de l'âge viking. Ils ne prononcent aucun nom, mais ils montrent des gestes, et ces gestes recoupent les poèmes de façon troublante.

Hårby, 2012

En 2012, des prospecteurs amateurs mettent au jour à Hårby, sur l'île de Fionie au Danemark, une figurine d'argent partiellement dorée d'environ 3,4 centimètres de haut. Elle représente une femme debout, en robe longue, les cheveux ramassés en un nœud dans le dos, tenant une épée dans la main droite et un bouclier rond dans la gauche. La datation la place autour de l'an 800. L'objet est conservé au Musée national du Danemark, qui la présente comme la première représentation en trois dimensions connue à ce jour d'une femme armée pour la période viking.

La prudence s'impose sur un point : aucune inscription ne dit « valkyrie ». L'identification repose sur un raisonnement iconographique — une femme, des armes, une posture d'apparat — et reste une interprétation. Elle est raisonnable, elle n'est pas une preuve. Deux ans plus tard, en 2014, une autre figurine féminine était découverte à Revninge, également sur Fionie ; celle-là est le plus souvent rapprochée de Freyja, sans certitude non plus.

La femme à la corne, motif récurrent

Le geste le mieux attesté matériellement n'est pas le combat, c'est le service de la boisson. On connaît une série de petits pendentifs d'argent représentant une femme en robe traînante qui tend une corne à boire, retrouvés notamment à Birka en Suède, à Tuna i Alsike, à Klinta sur l'île d'Öland et sur plusieurs sites danois. Le même motif apparaît, gravé, sur les pierres à images du Gotland : sur la pierre de Tjängvide et sur celle d'Ardre VIII, datées des VIIIe-IXe siècles, une femme lève une corne vers un cavalier monté sur un cheval à huit pattes que l'on reconnaît généralement comme Sleipnir. La lecture habituelle est celle d'un accueil dans l'autre monde. Elle concorde avec les Grímnismál, mais elle demeure une hypothèse d'interprétation.

Un dernier point mérite d'être noté : ces pendentifs sont majoritairement issus de sépultures féminines. Ils étaient portés par des femmes vivantes, probablement comme amulettes. Le motif de la femme qui accueille les morts n'était donc pas réservé à l'imaginaire guerrier masculin — il circulait comme bijou, exactement comme un collier à motif nordique se porte aujourd'hui.

Wagner et la culture populaire : ce qui a été déformé

L'image mentale que nous avons des valkyries ne vient pas d'Islande. Elle vient d'un opéra allemand du XIXe siècle. Richard Wagner compose L'Anneau du Nibelung entre 1848 et 1874 ; La Walkyrie, deuxième volet du cycle, est créée à Munich le 26 juin 1870, et l'ensemble est donné à Bayreuth en août 1876. La Chevauchée des Walkyries, qui ouvre l'acte III, est devenue l'un des morceaux d'orchestre les plus reconnaissables du répertoire.

Quatre écarts avec les sources

Le premier concerne la filiation. Chez Wagner, Brünnhilde est la fille de Wotan et d'Erda. Aucun texte norrois ne fait de Brynhildr la fille d'Odin : la Völsunga saga lui donne pour père le roi Buðli. La relation père-fille, moteur dramatique de tout l'opéra, est une invention.

Le deuxième concerne le nombre. Wagner fixe une fratrie de neuf sœurs et leur invente presque tous les noms — Gerhilde, Ortlinde, Waltraute, Schwertleite, Helmwige, Siegrune, Grimgerde, Rossweisse. Les Eddas, on l'a vu, ne s'accordent sur aucun total.

Le troisième concerne le casque. C'est Carl Emil Doepler, costumier de la création intégrale de 1876 à Bayreuth, qui coiffe les personnages de casques à cornes et à ailes. Le motif se répand ensuite dans l'illustration, l'affiche, puis le dessin animé. Or les casques de l'âge viking retrouvés en fouille — le plus complet reste celui de Gjermundbu, en Norvège, daté du Xe siècle — ne portent ni cornes ni ailes.

Le quatrième, le plus discret, concerne le tempérament. L'opéra fait de la walkyrie une héroïne romantique déchirée entre l'amour et le devoir. Les sources norroises en font une exécutante de sentences. Entre les deux, la fonction s'est inversée : d'agent de la mort, elle est devenue victime du destin.

Valkyrie ou skjaldmær : une confusion à défaire

Le vieux norrois distingue deux choses que le français moderne mélange. La valkyrja est surnaturelle. La skjaldmær, littéralement « vierge au bouclier », est une femme humaine qui combat, comme Hervör dans la Hervarar saga ou les guerrières que Saxo Grammaticus décrit dans sa Gesta Danorum. Confondre les deux revient à traiter une question historique — des femmes ont-elles combattu ? — avec un argument mythologique, ce qui ne fonctionne pas. Les données de fouille, notamment la relecture de la sépulture Bj 581 de Birka publiée en 2017, alimentent le premier débat, pas le second.

Au XXe siècle, le mot a continué de dériver : la Chevauchée accompagne la séquence d'hélicoptères d'Apocalypse Now en 1979, et la bande dessinée, le jeu vidéo puis le métal en ont fait un archétype visuel. Chacune de ces couches est légitime comme création. Aucune n'est une source. Une synthèse universitaire accessible du dossier est proposée par l'Encyclopædia Britannica.

Ce qu'il faut retenir

Remises dans leur contexte, les « valkyries mythologie nordique » cessent d'être des anges guerriers pour redevenir ce que les textes en font : des puissances de sélection. Leur nom dit le tri, leurs noms individuels disent le fracas du combat, leur métier à tisser dit le destin fabriqué, leur corne dit l'accueil réservé à ceux qui ont été retenus. Elles appartiennent à une conception de la mort où l'on ne meurt pas par accident mais parce que quelqu'un l'a décidé, et où le champ de bataille est le lieu d'une sélection dont l'enjeu dépasse la vie humaine : constituer, avant le Ragnarök, l'armée d'Odin.

Trois lignes de lecture résistent à l'examen. La première : la fonction, choisir les tués, est stable d'une source à l'autre, alors que les noms, les nombres et les visages varient beaucoup. La deuxième : le corpus est fragmentaire et tardif, et une part de ce que nous racontons comme certitude repose sur des reconstructions du XIIIe siècle, voire du XIXe. La troisième : les objets, figurine de Hårby en tête, confirment qu'un imaginaire de la femme armée et de la femme qui accueille les morts circulait bien à l'âge viking, sans qu'on puisse leur faire dire davantage.

Quelques questions reviennent plus souvent que les autres à propos des valkyries — voici les réponses courtes.

Questions Fréquentes sur les Valkyries

Qui sont les Valkyries dans la mythologie nordique ?

Les Valkyries sont les guerrières divines d'Odin qui survolent les champs de bataille pour choisir les guerriers les plus valeureux parmi les morts. Elles les emmènent au Valhalla où ces einherjar festoient et s'entraînent pour le Ragnarök.

Combien de Valkyries y a-t-il ?

Les sources nordiques mentionnent des nombres variables. L'Edda poétique en nomme 13, dont Brynhild, Sigrdrífa et Göndul. D'autres textes en mentionnent davantage. Le nombre exact n'est pas fixé — elles forment une troupe dont la taille varie selon les récits.

Les Valkyries existaient-elles vraiment ?

Les Valkyries sont des figures mythologiques, mais le concept de femmes guerrières nordiques a des bases réelles. La découverte de la guerrière de Birka (2017), une femme de haut rang enterrée avec des armes, confirme que des femmes pouvaient occuper des rôles guerriers dans la société viking.

Quelle est la Valkyrie la plus célèbre ?

Brynhild (Brunehilde) est la plus célèbre. Selon les sagas, Odin la punit pour désobéissance en la plongeant dans un sommeil magique derrière un mur de flammes. Seul Sigurd, le héros invincible, parvient à la réveiller. Leur histoire tragique a inspiré les opéras de Wagner.

Les Valkyries ne choisissaient-elles que les hommes ?

Les textes anciens ne mentionnent que des guerriers masculins choisis pour le Valhalla. Cependant, les interprétations modernes et l'Ásatrú incluent l'idée que la valeur au combat transcende le genre. Les sources sont limitées et reflètent les perspectives de leur époque.

Quel est le rôle des Valkyries au Valhalla ?

Au Valhalla, les Valkyries servent l'hydromel (boisson sacrée) aux guerriers tombés et veillent sur leurs festins éternels. Elles sont à la fois des guerrières redoutables et des hôtesses divines — un double rôle qui reflète la complexité de la féminité dans la culture nordique.

"Le bétail meurt, les parents meurent, et l'on meurt de même ; mais la réputation ne meurt jamais, pour qui s'en est acquis une bonne."

— Hávamál, strophe 76, Edda poétique

Que les Ases vous guident sur le chemin de l'honneur.


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