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Dragons & Serpents Nordiques — en savoir plus
Le dragon est la créature la plus représentée de tout l'art viking — et pourtant, aucune source norroise ne parle de « dragons » comme d'une espèce. Elle parle de trois êtres précis, chacun avec son nom, son rôle et sa fin : Jörmungandr qui ceint le monde, Fáfnir que la convoitise a transformé, et Níðhöggr qui ronge la racine de l'arbre. Tout le reste — les rubans entrelacés des broches, les têtes de proue des navires, les gueules gravées sur les cornes à boire — relève d'autre chose : d'un langage ornemental que les artisans du Nord ont poussé plus loin que personne.
Ce rayon rassemble les pièces qui portent ce langage : la bête en ruban des bijoux, le serpent qui se mord la queue, la gueule ouverte des calices et des chopes. Ci-dessous, ce que les textes disent vraiment, ce que les objets retrouvés montrent, et les deux images qu'on croit nordiques à tort.
Jörmungandr, le serpent qui ceint le monde
C'est le dragon le mieux attesté de la mythologie nordique, et le seul dont on connaisse la mort à l'avance.
L'enfant qu'on jeta à la mer
Snorri Sturluson, dans la Gylfaginning (vers 1220), raconte que Loki eut trois enfants de la géante Angrboða : le loup Fenrir, la femme Hel, et un serpent. Odin les fit venir devant lui. Il jeta le serpent dans la mer profonde qui entoure les terres. L'animal y grandit tant qu'il finit par faire le tour du monde et se mordre lui-même la queue. De là son autre nom : Miðgarðsormr, le ver de Midgard.
Le détail compte, parce qu'il explique la forme que prend le motif sur les objets : un serpent refermé sur lui-même, sans début ni fin visibles. Le frère de ce serpent a son propre rayon, le Loup Fenrir, et l'arbre qu'il entoure le sien, Yggdrasil.
La partie de pêche
Le Hymiskviða de l'Edda poétique met en scène Thor embarquant avec le géant Hymir. Thor rame au-delà des eaux habituelles, appâte son hameçon avec une tête de bœuf, et ferre le serpent. Il le hisse jusqu'au plat-bord ; le regard des deux se croise. Hymir, terrorisé, coupe la ligne. Le serpent retombe.
Cette scène est l'une des rares de la mythologie nordique qu'on retrouve sculptée : la pierre d'Altuna en Suède (XIe siècle) montre un personnage dans une barque, le pied traversant la coque sous l'effort, une ligne tendue vers une forme serpentine. On la reconnaît sans avoir besoin du texte.
Le duel de Ragnarök
La Völuspá annonce la fin : le serpent sort de la mer et empoisonne l'air. Thor le tue, puis fait neuf pas et tombe, tué par le venin. Aucun des deux ne survit à l'autre. C'est ce face-à-face que reprennent les pièces qui associent un marteau et un serpent — voir le Mjölnir.
Fáfnir, le dragon né de la convoitise
Fáfnir n'est pas né dragon. C'est un fils de Hreidmar, un homme, que l'or a changé.
L'or d'Andvari
La Völsunga saga et le Reginsmál racontent la chaîne : Loki tue une loutre qui était un fils de Hreidmar ; pour payer le prix du sang, il arrache son or au nain Andvari, qui maudit l'anneau et le trésor. Fáfnir tue son père pour ce trésor, chasse son frère Regin, s'installe sur le tas d'or dans la lande de Gnitaheiðr — et devient peu à peu le serpent qui le garde.
C'est l'un des plus anciens récits européens où l'avidité transforme physiquement celui qui la nourrit. Il a nourri l'anneau maudit de Wagner, puis celui de Tolkien.
Sigurd, le sang et la langue des oiseaux
Regin pousse Sigurd à tuer le dragon. Le jeune homme creuse une fosse sur le chemin que Fáfnir emprunte pour boire et le frappe par en dessous. En rôtissant le cœur, il se brûle le doigt, le porte à sa bouche — et comprend soudain le chant des mésanges, qui l'avertissent que Regin va le trahir.
Cette histoire est gravée en toutes lettres sur la pierre de Ramsund (Södermanland, Suède, vers 1030) : le corps du dragon forme lui-même le ruban runique qui porte l'inscription, Sigurd frappe par en dessous, les oiseaux sont dans l'arbre, le cheval Grani est attaché. C'est la preuve que le récit circulait à l'époque viking, pas seulement dans les manuscrits islandais postérieurs.
Níðhöggr, celui qui ronge la racine
Le Grímnismál le place sous la troisième racine d'Yggdrasil, où il ronge le bois sans relâche. L'écureuil Ratatoskr fait la navette le long du tronc pour rapporter au dragon les insultes de l'aigle perché au sommet, et inversement. C'est le seul dragon nordique dont la fonction soit purement destructrice : il use le monde par en dessous, en continu, pendant que tout le reste se déroule. La Völuspá le montre encore volant après la fin, chargé de cadavres.
Pour situer les racines, le puits et les neuf mondes, l'article Les 9 Mondes de la Mythologie Nordique détaille la géographie complète.
Ce que les Vikings ont réellement gravé
Voilà le point où la mythologie et l'archéologie divergent. Sur les objets, on ne trouve presque jamais « Fáfnir » ou « Jörmungandr » identifiables. On trouve une bête, toujours la même, déclinée pendant trois siècles.
La bête en ruban
Les historiens de l'art ont découpé l'art scandinave en styles successifs, nommés d'après les sites où ils ont été reconnus : Borre, Jelling, Mammen, Ringerike, puis Urnes. Ce dernier, du nom de l'église en bois debout d'Urnes en Norvège (XIe siècle), porte le motif à son extrême : un quadrupède élancé et un serpent fin s'enroulent l'un dans l'autre en boucles en huit, le corps réduit à un ruban, la gueule mordant une autre partie de l'entrelacs.
C'est ce vocabulaire-là que reprennent les pièces travaillées en entrelacs — on le retrouve mêlé aux nœuds sans fin dans Triquetra & entrelacs nordiques, et sur les fermoirs de fibules et broches.
Les têtes de proue
Les navires portaient des têtes sculptées amovibles. Le Landnámabók islandais conserve une clause de loi ancienne demandant qu'on retire la gueule avant d'approcher la terre, pour ne pas effrayer les esprits protecteurs du pays. C'est une des rares règles écrites qui nous renseignent sur la fonction du motif : il servait à faire peur, et on savait le désarmer.
La construction, la navigation et les expéditions sont détaillées dans Drakkar Viking : Construction, Navigation et Expéditions, et les maquettes et pièces de navire vivent dans Bateaux & Drakkars.
Deux images qu'on croit nordiques à tort
L'ouroboros
Le serpent qui se mord la queue apparaît dans l'Égypte ancienne, puis chez les alchimistes grecs d'Alexandrie, bien avant l'âge viking. Le mot lui-même est grec. Ce n'est donc pas un symbole norrois — mais l'image se superpose si exactement à Jörmungandr refermé sur le monde que les deux ont fusionné dans l'usage moderne. Les pièces qui portent ce nom dans ce rayon jouent sur cette rencontre, pas sur une filiation historique.
Le dragon oriental
Le dragon long et sans ailes de la tradition chinoise n'a rien à voir avec la bête du Nord : il est bénéfique, associé à l'eau et à la pluie, et sa forme suit une logique ornementale différente. Quelques pièces de ce rayon s'en inspirent ouvertement. Elles sont là parce qu'elles sont belles et qu'elles tiennent la table, pas parce qu'elles seraient scandinaves.
Trouver la bonne pièce
Le motif ne se porte pas de la même façon selon l'objet.
- À table — la gueule ouverte sur le pied ou l'anse donne toute sa mesure sur les grandes pièces : voir les calices et les chopes, mugs et tasses.
- Au cou — le serpent enroulé ou l'ouroboros se lisent bien en pendentif : voir les colliers.
- À la main — la griffe et la tête de dragon se prêtent à la chevalière : voir les bagues.
- Aux oreilles — les manchettes en serpent enroulé se posent sans perçage : voir les boucles d'oreilles.
- Dans les cheveux et la barbe — la bête en ruban se prête aux formes allongées : voir les barrettes et bijoux de cheveux et les perles.
- Au mur et sur l'étagère — voir les décorations.
Et si c'est la créature qui vous intéresse plus que l'objet, les deux autres bêtes du Nord ont leur rayon : le loup Fenrir et les corbeaux d'Odin.
















































