au-delà viking

Le Valhalla : Le Paradis des Guerriers Vikings

The hall of Valhalla at dusk, roof covered with golden shields, rafters of spears, wolf and eagle before the Valgrind gate

Le Valhalla : Le Paradis des Guerriers Vikings

Le Valhalla (Valhöll, « la halle des occis ») est la halle d'Odin à Asgard, où le dieu accueille une partie des guerriers morts au combat, les Einherjar, pour en faire son armée du Ragnarök. On y entre par le choix des valkyries, on y combat le jour, on y festoie la nuit, et l'on en sortira pour la dernière bataille. Voici ce que disent vraiment les Eddas, les poèmes de cour du Xe siècle et l'archéologie, sans les casques à cornes.

📌 En bref

  • Le Valhalla, Valhöll en vieux norrois, est la halle d'Odin à Asgard, où le dieu rassemble une partie des guerriers tombés au combat, les Einherjar.
  • Il faut mourir au combat et être choisi par Odin, qui envoie ses valkyries désigner les élus.
  • Odin décide, et ses valkyries exécutent : leur nom signifie « celles qui choisissent les tués ».
  • Les Einherjar s'arment chaque matin et se battent entre eux dans la cour ; les morts se relèvent et les blessures guérissent.
  • Chaque jour, le cuisinier Andhrímnir fait cuire le sanglier Sæhrímnir, qui renaît entier chaque soir.

Sources : Valhalla, Wikipédia · Grímnismál · Edda de Snorri · Hákonarmál · Ibn Fadlan. Les strophes citées sont traduites par nos soins.

Qu'est-ce que le Valhalla ? Définition et sens du mot

Le Valhalla est, dans la mythologie nordique, la halle d'Odin à Asgard, où le dieu rassemble une partie des guerriers tombés au combat. En vieux norrois, le mot s'écrit Valhöll et se lit sans mystère : valr, « les morts d'un champ de bataille », et höll, « la halle ». Le Valhalla est donc la « halle des occis », et pas un paradis au sens chrétien du terme. On y entre par sélection, on y reste pour combattre, et l'on en sortira pour mourir une seconde fois.

C'est le point que la plupart des présentations oublient : le Valhalla n'est pas une récompense, c'est une caserne. Odin y recrute les meilleurs combattants parce qu'il connaît l'avenir : au Ragnarök, les loups, les géants de feu et le serpent-monde déferleront sur les dieux, et il sera lui-même dévoré par Fenrir. Les hommes qu'il accueille sont ses Einherjar, son armée de réserve, et ils s'entraînent chaque jour pour une bataille dont l'issue est écrite. Là où presque tous les au-delàs promettent le repos, celui-ci promet une fonction.

Une seconde idée reçue tient au nombre. Le Valhalla ne reçoit pas « tous les guerriers ». Le Grímnismál, l'un des poèmes les plus anciens de l'Edda, précise que Freya, dans son domaine de Fólkvangr, choisit chaque jour la moitié des tués, et qu'Odin prend l'autre moitié. Le Valhalla n'est ni la seule destination des braves, ni la plus peuplée : la majorité des Scandinaves, paysans, artisans, marchands, mouraient chez eux et ne s'y attendaient pas.

Enfin, un mot d'orthographe, puisque Google le demande. Valhalla est la forme usuelle en français et en anglais ; Walhalla est la forme allemande, popularisée par Wagner et par le monument bavarois du même nom ; Valhöll ou Valhǫll restituent le vieux norrois. « Vahalla » et « Valhala » sont des fautes fréquentes, et elles désignent la même chose.

Comment entre-t-on au Valhalla ? Ce que disent vraiment les sources

Mourir au combat ne suffit pas : Odin choisit

La règle que tout le monde connaît, « mourir les armes à la main », est vraie mais incomplète. Dans les textes, la mort au combat est la condition ; le choix appartient à Odin, qui envoie ses valkyries sur le champ de bataille pour désigner les élus. Le mot valkyrja le dit lui-même : « celle qui choisit les tués ». Deux poèmes du Xe siècle, composés pour des rois réels, montrent la scène de l'intérieur.

Dans l'Eiríksmál, composé vers 954 à la mémoire du roi Eiríkr Hache-de-Sang, Odin se réveille et fait préparer la halle : il a rêvé qu'un roi arrivait. Il envoie les héros Sigmund et Sinfjötli à sa rencontre. Sigmund lui demande pourquoi il a retiré la victoire à un si grand roi ; Odin répond que nul ne sait quand le loup gris viendra attaquer les demeures des dieux, et qu'il a besoin d'hommes comme lui. Dans le Hákonarmál, composé vers 961 par Eyvindr Skáldaspillir, Odin envoie les valkyries Göndul et Skögul chercher le roi Hákon le Bon, mort de ses blessures après la bataille de Fitjar. Hákon, qui avait été élevé chrétien en Angleterre, craint d'être mal reçu ; les dieux Bragi et Hermóðr le rassurent et lui offrent la paix des Ases. Ces deux poèmes disent l'essentiel : le Valhalla est une idéologie de l'aristocratie guerrière, chantée par des scaldes pour des rois, et Odin y prend ceux dont il a besoin.

« Pourquoi as-tu retiré la victoire à un tel roi, s'il te semblait si vaillant ? » « Parce que nul ne sait quand le loup gris viendra assaillir les demeures des dieux. »

— Eiríksmál (vers 954), échange entre Sigmund et Odin

Se marquer de la lance, et la « mort de paille »

Snorri raconte dans l'Ynglinga saga qu'Odin, sentant venir sa mort, se fit marquer de la pointe d'une lance et déclara siens tous les hommes morts par les armes ; Njörd fit de même avant de mourir de maladie. Le geste est devenu un motif des sagas : un mourant qui n'a pas eu la chance de tomber au combat se fait entailler pour être compté parmi les morts d'Odin. On lit aussi que la « mort de paille », strádauði, celle qu'on trouve dans son lit, était une honte. Il faut manier ce motif avec prudence : les sagas sont écrites deux à trois siècles après les faits par des chrétiens islandais, et l'archéologie funéraire montre des milliers de Scandinaves enterrés chez eux, avec les outils de leur métier, sans que rien n'indique un déshonneur. Le Valhalla raconte ce qu'une élite guerrière voulait dire de la mort, pas la vie de tout un peuple.

Et les femmes ? Et ceux qui ne se battent pas ?

Aucune source ancienne ne place une femme au Valhalla. En revanche, l'Egils saga montre Þorgerðr, la fille du scalde Egill, déclarer qu'elle ne mangera pas avant de « souper chez Freya » : pour une femme du Xe siècle, mourir, c'était rejoindre la déesse à Fólkvangr. Les noyés vont chez Rán, la déesse de la mer, qui les prend dans son filet, une destination qui devait peser lourd chez des marins. Les morts de maladie et de vieillesse vont chez Hel, et les textes anciens n'y attachent aucun châtiment : c'est une existence continuée, sans gloire et sans peine. Beaucoup, enfin, restaient tout simplement dans leur tertre, tout près des vivants, ou rejoignaient la montagne de la famille, comme les Þórsnesingar de l'Eyrbyggja saga entrent dans Helgafell. Un même défunt pouvait relever de plusieurs de ces croyances sans que personne n'y voie une contradiction.

Destination Qui y va Ce qu'on y fait Source principale
Valhalla (Valhöll) Une part des morts au combat, choisis par Odin et ses valkyries Combattre le jour, festoyer le soir, attendre le Ragnarök Grímnismál, Vafþrúðnismál, Gylfaginning
Fólkvangr L'autre moitié des morts au combat, choisie par Freya Siéger dans la halle Sessrúmnir Grímnismál 14
Hel Ceux qui meurent de maladie ou de vieillesse, c'est-à-dire la plupart Une existence continuée, sans châtiment dans les sources anciennes Gylfaginning 34, Baldrs draumar
La halle de Rán Les noyés Accueillis par la déesse de la mer, qui les prend dans son filet Skáldskaparmál, Eyrbyggja saga
Le tertre et la montagne Le mort ordinaire, près des siens Habiter la tombe, recevoir des offrandes, parfois rejoindre la montagne familiale Eyrbyggja saga (Helgafell), Njáls saga
Gimlé Les justes, après le Ragnarök Vivre dans une halle au toit d'or, dans le monde renouvelé Völuspá 64, Gylfaginning 17
Cavalier viking accueilli à la porte d'une halle par une femme qui lui tend une corne à boire, scène inspirée des pierres de Gotland

L'accueil du mort par la femme à la corne, tel que le montrent les pierres à images de Gotland (VIIIe-Xe siècle).

À quoi ressemble le Valhalla ? La halle décrite strophe par strophe

Le Grímnismál décrit la halle avec une précision de charpentier, ce qui est rare dans la poésie eddique. Elle s'élève à Glaðsheimr, « la demeure de la joie », dans Asgard. Son toit est couvert de boucliers posés comme des tuiles, ses chevrons sont des lances, ses bancs sont jonchés de cottes de mailles. Devant la porte ouest pend un loup, et un aigle plane au-dessus : deux animaux de champ de bataille, ceux qui suivent les armées et se nourrissent des morts. L'entrée s'appelle Valgrind, « la grille des occis », et le poète ajoute que peu savent comment on la verrouille.

Élément Ce que dit le texte Strophe
Le toit Couvert de boucliers, comme des tuiles ; les chevrons sont des lances Grímnismál 9
Les bancs Jonchés de cottes de mailles Grímnismál 9
La porte ouest Un loup pendu devant, un aigle qui plane au-dessus Grímnismál 10
Valgrind La grille sacrée des occis, dont peu savent comment on la verrouille Grímnismál 22
Les portes Cinq cent quarante ; huit cents Einherjar sortiront de chacune contre le Loup Grímnismál 23
Le domaine Glaðsheimr, « la demeure de la joie », où s'élève la halle Grímnismál 8
Le cuisinier Andhrímnir, qui fait cuire le sanglier Sæhrímnir dans le chaudron Eldhrímnir Grímnismál 18
La chèvre et le cerf Heiðrún donne l'hydromel, Eikþyrnir fait couler les fleuves depuis ses bois Grímnismál 25-26

Vient ensuite le chiffre resté célèbre : cinq cent quarante portes, et par chacune sortiront huit cents guerriers le jour où ils iront combattre le Loup, soit quatre cent trente-deux mille Einherjar. Il ne faut pas y voir un relevé d'arpenteur. La halle de Thor, Bilskírnir, compte elle aussi cinq cent quarante pièces dans le même poème : c'est un nombre poétique, qui dit la démesure. Ce que le texte veut faire sentir, c'est l'immensité de l'armée qu'Odin assemble.

Au fond de la halle siège le maître des lieux. Odin, dit le Grímnismál, ne mange pas : il donne sa part de viande à ses loups Geri et Freki et ne vit que de vin. Ses corbeaux Huginn et Muninn partent chaque matin survoler le monde et reviennent lui parler à l'oreille. La scène que reprennent tant de pendentifs, le dieu borgne entre ses loups et ses corbeaux, vient de ces deux strophes.

« Cinq cents portes et quarante encore, je crois qu'il y en a au Valhalla. Huit cents Einherjar sortiront à la fois de chaque porte quand ils iront combattre le Loup. »

— Grímnismál, strophe 23 (Edda poétique)

La vie des Einherjar : combattre le jour, festoyer la nuit

Le combat quotidien

Le Vafþrúðnismál donne l'emploi du temps sans détour : chaque jour, les Einherjar s'arment, sortent dans la cour, s'entretuent, puis reviennent siéger ensemble et boire, réconciliés. Les blessures se referment, les morts se relèvent. Snorri précise dans la Gylfaginning que c'est leur « jeu », et qu'à l'heure du repas ils rentrent à cheval dans la halle. Le mot Einherjar lui-même est discuté : « ceux qui combattent seuls », ou « les combattants d'élite ». Il n'apparaît que dans une poignée de textes, tous tardifs, et le Valhalla que nous racontons est un tableau composé à partir de quelques strophes et de la synthèse de Snorri.

Les Einherjar combattant à l'épée et à la hache dans la plaine devant la halle du Valhalla au petit matin

Le combat quotidien des Einherjar : chaque jour ils s'entretuent, chaque soir ils se relèvent (Vafþrúðnismál 41).

« Tous les Einherjar dans la halle d'Odin combattent chaque jour ; ils choisissent les morts et quittent le champ de bataille, puis siègent réconciliés ensemble. »

— Vafþrúðnismál, strophe 41 (Edda poétique)

Le festin : Sæhrímnir, Heiðrún et l'hydromel qui ne tarit pas

La nourriture des Einherjar tient en un animal. Chaque jour, le cuisinier Andhrímnir fait bouillir le sanglier Sæhrímnir dans le chaudron Eldhrímnir ; chaque soir la bête est de nouveau entière. Snorri ajoute que sa chair suffit à rassasier tous les guerriers, si nombreux soient-ils, et il fait dire à Gangleri, l'interlocuteur naïf de son dialogue, la question que tout lecteur se pose : de quoi vit une pareille foule ? La boisson, elle, vient du toit. La chèvre Heiðrún y broute les feuilles de l'arbre Læraðr, souvent identifié à Yggdrasil, et de son pis coule un hydromel qui remplit chaque jour une cuve assez grande pour tous. À côté d'elle, le cerf Eikþyrnir broute le même arbre, et de ses bois goutte l'eau qui alimente tous les fleuves du monde. Ce sont les valkyries qui servent : le Grímnismál en nomme treize, Hrist, Mist, Skeggjöld, Skögul et les autres, chargées de porter la corne aux Einherjar.

La chèvre Heiðrún broutant l'arbre sur le toit du Valhalla, son pis versant l'hydromel, et le sanglier Sæhrímnir près du chaudron

Heiðrún sur le toit, Sæhrímnir dans le chaudron : la cuisine du Valhalla selon le Grímnismál.

« Andhrímnir fait cuire Sæhrímnir dans Eldhrímnir, la meilleure des viandes ; mais peu savent de quoi se nourrissent les Einherjar. »

— Grímnismál, strophe 18 (Edda poétique)

L'hydromel n'est pas qu'un décor. Dans la Scandinavie réelle, la coupe partagée dans la maison longue scellait les alliances, les serments et la hiérarchie : la maîtresse de maison présentait la corne, en commençant par le maître des lieux, et l'ordre de passage disait le rang de chacun. Boire ensemble était un acte codifié, et le festin du Valhalla en est la version éternelle. Notre recette d'hydromel explique comment on le préparait.

Le festin des Einherjar dans la halle du Valhalla, Odin sur son trône entre ses loups et ses corbeaux, valkyries servant l'hydromel

Le festin du soir : Odin ne mange pas et donne sa part à Geri et Freki (Grímnismál 19).

Pourquoi Odin recrute : le Valhalla et le Ragnarök

La raison du cycle est explicite. Odin ne collectionne pas les braves par goût : il prépare une armée. Au Ragnarök, Fenrir se libère, le loup Sköll avale le soleil, Jörmungand sort de la mer, les fils de Muspell franchissent Bifröst, et Heimdall sonne du Gjallarhorn. Alors les Einherjar sortent par les cinq cent quarante portes et marchent avec les dieux vers la plaine de Vígríðr. Odin y meurt dans la gueule de Fenrir ; son fils Víðarr le venge. Thor tue le serpent et tombe neuf pas plus loin. La halle, les guerriers et le dieu qui les a réunis disparaissent avec le monde.

C'est ce qui rend ce paradis si singulier. Il ne promet ni repos, ni salut, ni victoire : il promet une place dans une guerre perdue. Les poètes le savaient, et Odin le dit lui-même dans l'Eiríksmál. Cette différence explique pourquoi le Valhalla continue de parler à des lecteurs qui ne croient pas un mot du reste : il ne console pas, il engage. Après la fin, dit la Völuspá, la terre resurgit de la mer, Baldr revient, et les justes vivent à Gimlé, dans une halle au toit d'or. Mais Gimlé n'est pas le Valhalla, et Odin n'y est plus. Notre article sur le Ragnarök raconte la bataille dans le détail.

Le Valhalla a-t-il existé pour les Vikings ? Textes, pierres et halles

Tout ce que nous lisons sur le Valhalla vient de deux livres islandais : l'Edda poétique, un recueil de poèmes copié vers 1270 mais dont les pièces les plus anciennes remontent à l'âge viking, et l'Edda de Snorri, rédigée vers 1220 par un chrétien lettré qui voulait sauver la langue des scaldes. Ni l'un ni l'autre n'a été écrit par un païen pratiquant, et tous deux sont postérieurs de deux siècles à la conversion. Ce sont nos meilleures sources, mais ce sont des témoignages de seconde main, mis en ordre après coup. C'est pourquoi les pierres, les tombes et les poèmes datés comptent autant.

Source Date Ce qu'elle apporte
Pierres à images de Gotland (Tjängvide, Ardre) VIIIe-Xe siècle Un cavalier accueilli par une femme à la corne : la seule image contemporaine d'un accueil dans l'au-delà
Ibn Fadlan, ambassade sur la Volga 922 Une esclave « voit son maître au paradis » avant de le rejoindre sur le bûcher : témoin oculaire, mais extérieur
Eiríksmál vers 954 Odin fait préparer la halle pour le roi Eiríkr Hache-de-Sang, tombé au combat
Hákonarmál (Eyvindr Skáldaspillir) vers 961 Deux valkyries conduisent le roi Hákon le Bon au Valhalla, malgré son baptême
Grímnismál, Vafþrúðnismál (Edda poétique) poèmes plus anciens, copiés vers 1270 Toute la description matérielle : toit, portes, cuisine, combats quotidiens
Edda de Snorri (Gylfaginning 38-41) vers 1220 La synthèse ordonnée, par un chrétien lettré, deux siècles après la conversion
Halle royale de Lejre (Danemark) VIIe-Xe siècle Une halle de 48 m de long : le modèle réel des halles du mythe

Ce que l'archéologie montre

Les pierres à images de Gotland, notamment celles de Tjängvide et d'Ardre, gravées entre le VIIIe et le Xe siècle, montrent un cavalier, parfois sur un cheval à huit pattes qu'on identifie à Sleipnir, accueilli par une femme qui lui tend une corne. Aucune inscription ne l'explique, mais la lecture la plus retenue est celle d'un mort arrivant dans l'au-delà et reçu selon le rituel d'hospitalité de la halle. La petite figurine d'argent de Hårby, au Danemark, découverte en 2012, montre une femme à l'épée et au bouclier : une valkyrie, ou une amulette qui en tient lieu. Et les fouilles de Lejre, au Danemark, ont mis au jour plusieurs halles royales successives, la plus grande longue de quarante-huit mètres : quand un scalde décrivait la halle d'Odin, il avait un bâtiment de ce genre sous les yeux, en plus grand.

Un témoin extérieur complète le tableau. En 922, l'ambassadeur arabe Ibn Fadlan assiste sur la Volga aux funérailles d'un chef rus', ces Scandinaves installés en Russie. Avant d'être tuée et brûlée avec lui, une esclave regarde par-dessus une porte et déclare voir son maître assis « dans le paradis, vert et beau », entouré de ses hommes, qui l'appelle. Ibn Fadlan ne prononce pas le mot Valhalla, et il ne comprend pas tout ce qu'il voit ; mais il est le seul témoin oculaire d'une croyance en un au-delà de festin, à l'époque même où on la vivait.

Une croyance de chefs, mise en scène par des poètes

Ce que ces sources ont en commun est éclairant : l'Eiríksmál et le Hákonarmál sont des poèmes de cour composés pour des rois, les pierres de Gotland sont des monuments de familles riches, la halle de Lejre est une résidence royale. Le Valhalla est d'abord la mort telle que la voulaient les chefs et leurs guerriers, et telle que la chantaient leurs scaldes. Plusieurs historiens y voient une élaboration assez tardive, contemporaine de la formation des royaumes scandinaves, et peut-être influencée par le paradis chrétien qu'on commençait à prêcher au Nord. D'autres soulignent que l'idée d'un séjour des morts auprès d'Odin est déjà là dans les poèmes les plus anciens. Le débat reste ouvert, et il est plus intéressant que la légende.

Le Valhalla dans les sagas : trois scènes à connaître

Ragnar Lothbrok : « je mourrai en riant »

Le Krákumál, un poème du XIIe siècle mis dans la bouche de Ragnar Lothbrok agonisant dans la fosse aux serpents du roi Ælla, s'achève sur les vers les plus cités de toute la littérature viking : les Ases l'invitent chez eux, les valkyries envoyées par Odin l'appellent, il boira bientôt la bière dans une corne recourbée, et il mourra en riant. Le poème est tardif, composé bien après les faits, et il en dit plus sur l'idéal du XIIe siècle que sur le Ragnar historique. Mais il fixe pour toujours l'image du guerrier qui accueille la mort comme une invitation à un banquet.

Helgafell : une halle dans la montagne

L'Eyrbyggja saga raconte qu'un soir, un berger vit la montagne sacrée de Helgafell, en Islande, s'ouvrir sur son flanc nord : à l'intérieur brûlaient de grands feux, on entendait le bruit d'un festin et le choc des cornes à boire, et des voix souhaitaient la bienvenue à Þorsteinn Morue, qui venait de se noyer en mer, en l'invitant à s'asseoir face à son père. Le lendemain, on apprit sa mort. La scène est celle du Valhalla, transposée dans la montagne familiale : un mort accueilli dans une halle, par les siens, avec de quoi boire. C'est sans doute l'image la plus répandue de l'au-delà chez les Scandinaves ordinaires, et elle montre que la halle des occis n'était que la version royale d'une croyance beaucoup plus large.

La loi d'Odin : brûler les morts

Dans l'Ynglinga saga, Snorri fait d'Odin un roi humain qui aurait institué les lois funéraires du Nord : que tous les morts soient brûlés avec leurs biens, que chacun arrive au Valhalla avec ce qui a été mis sur son bûcher et jouisse de ce qu'il a lui-même enterré, et que les cendres soient jetées à la mer ou recouvertes d'un tertre. Ce passage explique la logique des grandes tombes à bateau, Oseberg ou Gokstad, chargées de chevaux, de chiens, de vaisselle et de textiles : on partait équipé pour l'autre halle. Notre article sur les rites funéraires vikings décrit ces sépultures et ce qu'on y a trouvé.

Du Walhalla de Wagner au cri « Valhalla ! » : la seconde vie du mythe

Le Valhalla a connu une seconde carrière, allemande d'abord. En 1842, le roi Louis Ier de Bavière inaugure sur le Danube, près de Ratisbonne, un temple néo-grec baptisé Walhalla, où il installe les bustes des grands hommes de langue allemande. Puis Wagner fait du Walhall la forteresse des dieux dans L'Anneau du Nibelung : c'est pour sa création à Bayreuth, en 1876, que le costumier Carl Emil Doepler invente les casques ailés et cornus qu'aucune source médiévale ne décrit. Le romantisme nordique en fait un emblème national, et le XXe siècle voit certains mouvements politiques s'en emparer au prix de contresens complets sur ce que disent les textes.

Aujourd'hui, le mot appartient à la culture populaire. Dans la série Vikings, « Valhalla ! » est le cri des guerriers et l'horizon de Ragnar, et la suite produite par Netflix s'intitule tout simplement Vikings: Valhalla : si c'est la série que vous cherchez, notre article sur Vikings: Valhalla la résume saison par saison. Le jeu Assassin's Creed Valhalla (2020) en fait le titre d'une aventure en Angleterre anglo-saxonne, et la halle y apparaît comme un lieu de rêve. Chez Marvel, Asgard est partout et le Valhalla presque nulle part. Dans les tatouages, on l'évoque rarement par la halle elle-même et presque toujours par ses signes : le Valknut, le nœud des occis lié à Odin, les corbeaux, ou une simple corne. Notre guide du tatouage viking détaille ces motifs.

Boire comme un Einherjar : la corne et la chope

De tout le Valhalla, c'est le festin qui a survécu dans les gestes. Lever une corne ou une chope de bois « au Valhalla » est devenu un toast, et il repose sur quelque chose de vrai : la corne à boire est l'objet du banquet nordique, celui que la maîtresse de maison présentait à chaque convive dans l'ordre du rang. Nos cornes de yak et nos chopes de tonneau reprennent ces formes, et notre guide des chopes et cornes explique comment choisir entre les deux et comment les entretenir. Le rayon des cornes à boire et mugs rassemble le reste de la vaisselle du banquet.

Questions fréquentes sur le Valhalla

Qu'est-ce que le Valhalla ?

Le Valhalla, Valhöll en vieux norrois, est la halle d'Odin à Asgard, où le dieu rassemble une partie des guerriers tombés au combat, les Einherjar. Ils y combattent le jour, festoient la nuit et se préparent au Ragnarök. Son nom signifie « la halle des occis ».

Comment aller au Valhalla ?

Il faut mourir au combat et être choisi par Odin, qui envoie ses valkyries désigner les élus. La mort au combat est la condition, pas une garantie : Freya reçoit l'autre moitié des tués à Fólkvangr. Les sagas ajoutent qu'un mourant pouvait se faire marquer de la pointe d'une lance pour être compté parmi les morts d'Odin.

Qui choisit les guerriers qui entrent au Valhalla ?

Odin décide, et ses valkyries exécutent : leur nom signifie « celles qui choisissent les tués ». Dans l'Eiríksmál et le Hákonarmál, deux poèmes du Xe siècle, Odin fait venir des rois réels, Eiríkr Hache-de-Sang et Hákon le Bon, parce qu'il a besoin de grands guerriers pour le Ragnarök.

Que font les guerriers au Valhalla ?

Les Einherjar s'arment chaque matin et se battent entre eux dans la cour ; les morts se relèvent et les blessures guérissent. Le soir, ils rentrent festoyer dans la halle, servis par les valkyries. C'est un entraînement sans fin en vue de la bataille du Ragnarök.

Que mange-t-on et que boit-on au Valhalla ?

Chaque jour, le cuisinier Andhrímnir fait cuire le sanglier Sæhrímnir, qui renaît entier chaque soir. L'hydromel coule du pis de la chèvre Heiðrún, qui broute les feuilles de l'arbre Læraðr sur le toit de la halle. Odin, lui, ne mange pas : il donne sa viande à ses loups et ne boit que du vin.

Le Valhalla est-il le paradis des Vikings ?

Le Valhalla n'est pas un paradis pour tous. Il ne concerne qu'une partie des morts au combat, et il ne promet ni repos ni salut, mais une place dans la bataille finale. La plupart des Scandinaves allaient chez Hel, sans châtiment, ou restaient dans leur tertre près des vivants.

Les femmes peuvent-elles entrer au Valhalla ?

Aucune source ancienne ne place une femme au Valhalla. Dans l'Egils saga, la fille du scalde Egill déclare qu'elle rejoindra Freya après sa mort : pour une femme, l'au-delà des sources est Fólkvangr, le domaine de la déesse, où elle reçoit aussi la moitié des morts au combat.

Quelle est la différence entre Valhalla et Fólkvangr ?

Les deux reçoivent des morts au combat. Le Valhalla est la halle d'Odin, Fólkvangr le domaine de Freya, avec sa halle Sessrúmnir. Le Grímnismál dit que Freya choisit chaque jour la moitié des tués et qu'Odin possède l'autre moitié. Les textes n'expliquent pas comment le partage se fait.

Valhalla ou Walhalla : quelle est la bonne orthographe ?

Valhalla est la forme française et anglaise courante ; Walhalla est la forme allemande, celle de Wagner et du monument bavarois de 1842 ; Valhöll restitue le vieux norrois. Vahalla, Valhala ou Vahlala sont des fautes fréquentes qui désignent la même halle.

La série Vikings: Valhalla a-t-elle un rapport avec le Valhalla ?

Seulement par le titre. Vikings: Valhalla est la suite de la série Vikings produite par Netflix, qui suit Leif Erikson, Harald et Freydis au XIe siècle. La halle d'Odin n'y apparaît pas comme lieu ; le mot y désigne l'idéal guerrier des personnages.

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« Le bétail meurt, les parents meurent, et l'on meurt de même ; mais la réputation ne meurt jamais, pour qui s'en est acquis une bonne. »

— Hávamál, strophe 76 (Edda poétique)

Que les Ases vous guident sur le chemin de l'honneur.


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